Pourquoi la classification PEGI ne sert à rien…

… et ce qu’il faudrait faire pour qu’elle serve à quelque chose.

Si vous ne connaissez pas bien le fonctionnement de la classification PEGI, je vous conseille de commencer par lire cet article : PEGI, ESRB, etc. : panorama des systèmes de classification des jeux vidéo par âge.

Les parents qui ne s’intéressent pas aux jeux vidéo se foutent royalement du PEGI

Il y a quelque temps, j’étais au rayon jeux vidéo d’un Leclerc. Une famille très propre sur elle, parents d’une quarantaine d’années, père avec petite chemise et petit gilet, deux garçons bien coiffés estimés à 10 et 12 ans.

Le plus jeune voit un stand Call of Duty Black Ops 2.

S’adressant à sa mère, il lui tient à peu près ce langage :

« Oh Call of Duty ! Maman je peux le prendre steplait ?

– Pfffff… Oui mais alors tu le paies avec ton argent de poche et tu n’auras rien d’autre ».

Question : parmi les milliards de jeux qui existent, n’y a t-il pas un meilleur choix qu’un FPS militaire PEGI 18, pour un enfant de 10 ans ?

Call of Duty, un jeu vidéo familial

… ou alors ils n’ont pas compris à quoi sert le PEGI

D’autres parents pensent que la classification PEGI fonctionne comme pour les âges indiqués sur les jeux de société : une indication d’âge minimum conseillé pour être capable de jouer au jeu, d’en comprendre les règles, d’en maîtriser le déroulement.

Facile.

Super Mario Galaxy est classé PEGI 3 ? Cool, mon enfant de 2 ans et demi pourra donc jouer sans réelles difficultés à ce jeu en 3D dans lequel il faut être capable d’inverser mentalement les directions suivant la position du personnage sur les objets à l’écran. Il pourra aussi facilement se déplacer de plateforme en plateforme au dessus d’un lac de lave, avec des plateforme qui bougent et qui disparaissent sans arrêt et qu’il faut viser avec une grande précision pour ne pas mourir.

Animal Crossing, PEGI 3 aussi ? Génial, mon enfant de 4 ans qui ne sait pas lire va sûrement pouvoir s’éclater dans ce jeu dont l’ensemble des objectifs sont décrits par les conversations écrites qui s’affichent à l’écran.

Environ 50% des jeux sont classés PEGI 3. Mais seule une petite minorité de ces jeux sont réellement jouables à 3 ans.

Des classes d’âge pas toujours fiables

PEGI ne fonctionne donc pas pour les parents qui ne s’intéressent pas un minimum aux jeux vidéo.

Et les autres ? Et bien, ils savent que la classification PEGI n’est pas complètement fiable.

Un jeu d’énigmes et d’enquêtes à ne surtout pas mettre en toutes les mains…

Kinect Disneyland PEGI 7 : sérieusement, quels éléments traumatisants pour des enfants de 5 ans dans ce jeu basé sur l’univers des parcs Disney ? 42 Jeux Indémodables sur DS, PEGI 12 : c’est vrai que les dames ou les dominos pour un enfant de 9 ans c’est un peu hard. Professeur Layton Vs. Phoenix Wright, PEGI 12 ! Civilization V, pareil : PEGI 12. Ce jeu est pourtant parfaitement sain et en plus particulièrement intelligent et instructif, dès 7-8 ansAge of Empires Online PEGI 7 : sérieusement ?! Et le pire c’est que dans ce dernier exemple, on a une illustration des risques d’une mauvaise classification dans une économie du jeu vidéo de plus en plus dématérialisée : E. (6 ans à l’époque des faits) ne pouvait pas installer le jeu à son nom, car il fallait récupérer une clef sur le site Microsoft, lequel savait qu’E. n’avait pas encore 7 ans et donc refusait de délivrer la dite clef. Le même genre de problème se pose avec les fonctions de contrôle parental sur consoles, qui utilisent la classification PEGI…

Même les classifications PEGI 16 ou 18 ne sont pas toujours justifiées : Star Wars The Force Unleashed, PEGI 16 par exemple… D’accord, il y a des éclairs de Force et du sabre laser, mais enfin bon, ce jeu est malgré tout assez inoffensif : c’est Star Wars… Autre exemple : la classification PEGI 16 pour Diablo 3 est également très discutable.

South Park : pas de problème pour le dessin animé, par contre en jeu vidéo, pas pour les moins de 18 ans…

Ce manque de fiabilité est à mon avis très gênant pour le PEGI 18 : certains PEGI 18 sont justifiés (GTA 5…), d’autres sont abusifs. Le tout récemment sorti South Park Le Bâton de la Vérité est classé PEGI 18. Oui, ce jeu contient des tonnes de grossièretés et fait dans l’humour hyper trash. Mais le dessin animé South Park n’est pas plus édulcoré (il l’est d’ailleurs moins, 3 séquences du jeu vidéo ayant été censurés pour l’édition européenne…), et le CSA ne l’interdit pas aux moins de 18 ans. Je me souviens que quand j’ai découvert la série à la télé une quinzaine d’années, ça passait en début d’après-midi le dimanche…

D’après les statistiques officielles PEGI (2008), 4% des jeux évalués étaient étiquetés en PEGI18. Je doute que 4% des films qui sortent au cinéma soit classés 18+…

Or à partir du moment où le PEGI 18 est utilisé à tort et à travers, il n’est plus du tout crédible. Et on ne plus donc plus distinguer les jeux qui méritent vraiment cette classification, ce qui ne laisse que deux choix possible lorsqu’on ne connait pas soi-même le jeu : autoriser tous les PEGI 18 (risqué…) ou tous les interdire (injuste…).

Finalement, les seuls parents qui peuvent s’en tirer sans prendre de risques ni créer d’injustices, ce sont ceux qui jouent eux-mêmes aux jeux ou lisent beaucoup de tests et peuvent ainsi se faire leur propre avis sur la kid-compatibilité de chaque titre. Dans ce cas, le classement PEGI ne sert plus à rien. Vous l’utilisez, vous ? Parce que moi, pas du tout…

Trop compliqué : 5 tranches d’âge et 8 types de contenus

En plus de ne pas être complètement fiable, la classification est complexe.

PEGI, ses 5 classes d'âge et ses 8 types de contenu

C’est tellement simple.

Si on compare aux recommandations pour la télé (3 niveaux, qui d’ailleurs sont peu utilisés, ou alors affichés avec une extrême discrétion) ou pour le cinéma (à ma connaissance seule une interdiction -18 est pratiquée), on a dans le classement PEGI cinq tranches d’âge (3, 7, 12, 16, 18) auxquelles s’ajoutent les 8 identifications d’éléments considérés comme toxiques (violence, grossièreté, peur, sexe, drogue, discrimination, hasard, jeu en ligne).

Mais comment voulez-vous qu’une grand-mère qui ne joue pas elle-même, n’est pas abonnée au flux RSS de jeux-video.com et ne regarde pas les émissions de Marcus s’y retrouve au moment des achats de Noël ?

Une enquête réalisée en 2008 indiquait que 93% des consommateurs reconnaissent les classes d’âge PEGI, mais seulement 49% trouvent l’information utile…

Et j’imagine que cette complexité rend la tâche de classification elle-même plus ardue, entraînant les cas de jeux qu’on peut considérer comme mal classifiés (cf. point précédent).

Ce qu’il faudrait faire pour que PEGI serve à quelque chose

Si la classification PEGI ne fonctionne ni pour les parents qui ne comprennent rien au jeu vidéo, ni pour ceux qui s’y intéressent et établissent donc leur propre classification, à qui peut-elle bien servir ? A part aux éditeurs qui peuvent l’utiliser pour répondre aux critiques politico-médiatiques sur la nocivité des jeux vidéo en montrant qu’ils sont sérieux puisqu’ils appliquent une classification, je ne vois pas.

Ce ne serait pas plus simple et efficace avec un seul et unique logo ?

Mais une classification pourrait être utile, si elle était mieux conçue.

Par exemple en faisant tout simplement comme pour le cinéma. Juste une ou deux classes basées sur l’âge, dont une 18+ basée sur des critères très stricts (contenu sexuel très explicite / contenu très violent / contenu très effrayant) mais qui entraîne une interdiction et non une simple recommandation. La classification 18+ serait utilisée avec parcimonie, mais lorsqu’un jeu serait PEGI 18, on aurait la certitude que c’est un jeu à ne surtout pas mettre entre les mains d’enfants.

Les indications de contenus ne servent à rien, elles pourraient être supprimées. Franchement, qui fait le tri dans ses achats de jeux vidéo suivant les logos de contenu PEGI ?

« Saperlipopette, j’aurais bien acheté ce jeu PEGI18 pour les 10 ans de Jean-Kevin, mais il y a les logos grossièreté, hasard et drogue. Bon, tant pis, je vais plutôt lui prendre celui-ci, il y a juste sexe et violence. »

On aurait ainsi un système simple à expliquer aux gens qui à la base ne s’intéressent pas aux jeux vidéo parce qu’elles n’ont pas que ça à faire (oui, parce qu’il faut aller acheter de nouveaux gilets), simple à lire quand on se promène dans un rayon jeux vidéo ou sur une page Amazon, simple à appliquer pour les vendeurs (du moins aussi simple que les restrictions d’âge sur les ventes d’alcool). Et donc, au final, un système qui pourrait être vraiment utilisé pour éviter que des enfants trop jeunes jouent à des jeux trop adultes. C’était bien le but du jeu, au départ, non ?

Stéfan

Un jour où je ne savais pas quoi faire, j'ai créé ce site. Dans la vie je suis robot-ninja. Et à part ça, j'ai deux enfants, E. (9 ans) et U. (4 ans).

Hey ! Regardez ça !

5 réponses

  1. AlexNidhogg dit :

    J’avoue que seul les logos « Tout public », « Interdit aux moins de 12 ans » et « interdit aux moins de 18 ans » serait pas mal!
    Après cela reste de la prévention… L’état lance un flyers à mettre dans toutes les boîtes aux lettres de France expliquant simplement le système PEGI et voilà… le tour est joué. Ou simplement faire des spots publicitaires.
    Ou alors lorsqu’on voit les publicités de jeux vidéos, au lieu de dire « PEGI 18″ (ce qui ne veut absolument rien dire), dire carrément « Jeu interdit aux moins de 18 ans ».
    Bref, plein de choses à mettre en place…

  2. Walex dit :

    Je n’aurais qu’une seule chose à ajouter : Naughty Bear.

    • Stéfan dit :

      J’ai pas suivi le feuilleton pour Naughty Bear ; c’est quoi l’histoire avec PEGI sur ce jeu ? Je vois qu’il est PEGI 12. C’est trop permissif ?

  3. Duinhir dit :

    Ah bon, c’est pas un argument de vente les logos « sexe », « violence », « drogue » etc.?

  4. Pomier dit :

    Les parents sont bien souvent largués quand on parle de PEGI ou peut être simplement quand on parle de jeux vidéo. Comme cité en début d’article : « Les parents qui ne s’intéressent pas aux jeux vidéo se foutent royalement du PEGI » mais avec les derniers jeux qui émergent comme GTA V par exemple, certains prennent conscience que la violence peut aussi exister dans les jeux vidéo au même titre que dans des films. Encore faut-il qu’ils acceptent la réalité une fois confrontée au fait qu’ils laissent leur enfant joué à n’importe quoi comme le montre ce reportage…
    https://www.youtube.com/watch?v=cVt3_aHL0JU&list=PL76LMBnhY3KriepItX30Emy7p_jVxW9ls

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