Jeux vidéo = usine à tueurs (le retour)

Aaaah les années 90. John Scatman, les sacs bananes, les lacets fluo, et les reportages sur les dangers des jeux vidéo.

Back to the 90’s !

On croyait que tout ça avait disparu. Bon, pour Scatman et les sacs bananes, c’est vrai. Mais le fluo est de retour grâce aux clips de LMFAO, et des journalistes professionnels perpétuent la grande tradition du videogame-bashing. Attention je ne parle pas d’allusions discrètes, à l’intérieur d’articles de faits divers, du genre “Le suspect, amateur de jeux vidéo, aurait dépecé son chien avant d’utiliser les intestins de ce dernier pour pendre son chat.” Je ne parle pas non plus d’articles publiés sur d’obscurs blogs sans contrôle éditorial.

Je parle de véritable article de fond consacré exclusivement au sujet, et publié par un journal de premier plan.

En l’occurrence, le journal Le Point, et une certaine Claire Gallois, née en 1937, qui était initialement écrivain, puis chômeuse à partir de 1997, et aujourd’hui journaliste professionnelle à forte valeur ajoutée (comme le montre la qualité de son travail sur les jeux vidéo).

Gallois, c’est plus fort que toi

Cette charmante dame, ne sachant probablement pas de quoi parler en ce moment, nous gratifie d’un bon vieux trip “jeux vidéo = machine à fabriquer des tueurs professionnels”, dans cet excellent article paru sur le site du Point : “Jeux vidéo : permis de tuer”.

Je vous laisse lire l’article dans son intégralité pour une bonne dose de LOL (pensez aussi à cliquer sur les pubs pour remercier Le Point de cette parution de qualité).

Évidemment, ne vous attendez pas à de grandes surprises, la formule a déjà été utilisée des milliards de fois : en citant quelques affaires de tuerie dans lesquelles le tueur avait, parmi ses loisirs, la pratique du jeu vidéo, et en ne citant dans l’article que les jeux vidéo considérés comme violents, l’auteur parvient sans difficulté à convaincre ses lecteurs déjà convaincus. Les autres seront certainement consternés (il suffit de jeter un coup d’oeil aux commentaires pour voir que c’est le cas de la plupart des lecteurs).

Best-of de l’article

[…] la nouvelle génération. Notre espoir. On lui a, vite fait, bien fait, passé une couche de maquillage pour dissimuler sa mauvaise mine – réforme supposée de l’éducation, emplois d’avenir (sans avenir) et puis basta. On la laisse s’amuser dans son coin, ou désespérer, au choix… avec les jeux vidéo dont la croissance est exponentielle.

Ok donc résumons. Les trois grands fléaux qui frappent la jeunesse d’aujourd’hui (par ordre croissant d’importance) : (3) le chômage ; (2) le système éducatif inadapté ; (1) les jeux vidéo.

J’en profite pour rappeler également le top 3 des grandes menaces au plan international : (3) le conflit israelo-palestinien ; (2) le changement climatique ; (1) la suppression de l’émission de Nagui en début de soirée sur France 2.

Ce n’est pas un souci au ministère de la Culture. On ne perd pas son temps avec des distractions qui ne contribuent pas à la promotion des arts. Call of Duty, Dishonored, Assassins Creed, Grand Theft Auto, Manhunt ? C’est qui, c’est quoi ?

“À mon seul désir”, “Une fille cousue de fil blanc”, “Jérémie la nuit”, “Les heures dangereuses” ? C’est qui, c’est quoi ? (réponse : c’est les livres de Claire Gallois – vous connaissez tous, bien sûr) (MDR)

Bon, c’est pas sympa, on avait dit pas d’attaque personnelle.

Assassin’s Creed 2, qui a plongé 8 millions de joueurs dans l’Italie de la Renaissance, les amenant à explorer Florence, Venise ou le Vatican du XVème siècle, contribue moins à l’art et à la culture que, par exemple, un roman de Claire Gallois. Que tout le monde connait, bien entendu.

N’étant pas particulièrement fan de FPS militaires dont je trouve que le contenu créatif et l’approche artistique ne sont pas très intéressants (ces jeux ont certainement d’autres qualités – immersion notamment), je ne contredirai pas l’auteur sur Call of Duty.

En revanche Assassin’s Creed, c’est l’exemple parfait du jeu vidéo avec une réelle ambition artistique et culturelle. Ah, oui mais il y a le mot Assassin dans le titre et il y a des meurtres dans le jeu, donc c’est violent, donc c’est pas artistique. Comme L’Odyssée d’Homère : il y a plein de gens qui se font tuer dedans ; c’est pas artistique. C’est comme les Trois Mousquetaires, cette histoire de mecs qui se bastonnent avec d’autres mecs.

À côté de ces jeux, le cannabis, c’est “la santé par les plantes”, comme le disent certains habitués.

Un grand classique, jeux vidéo = drogue. Tiens d’ailleurs avant-hier je suis allé chez Micromania pour racheter une Xbox 360 suite à une panne de ma console actuelle. 199€ le pack Xbox 250 Go avec Skyrim et Forza 4 (la meilleure offre console de cette fin d’année, je vous la conseille). J’ai longuement hésité entre ça et de la cocaïne.

Le premier Permis de tuer a été attribué au seul James Bond, en 1989. Deux ans plus tôt, le même 007 s’illustrait dans Tuer n’est pas jouer. Maintenant, c’est l’inverse : jouer, c’est tuer, plus besoin d’être James Bond.

Bon alors là j’ai rien compris. Pourquoi elle parle de James Bond ? Elle est secrètement fan de GoldenEye 007 sur Nintendo 64, peut-être.

Golden Eye sur Nintendo 64, parce que Claire Gallois kiffe Pierce Brosnan.

Les jeux vidéo habituent à l’excès. Ils font croire que la mort est une solution et qu’on peut recommencer indéfiniment puisqu’on a plusieurs vies.

Ah oui, c’est comme le film Un jour sans fin avec Bill Murray, ce film ultra-violent dans lequel on apprend que la mort est une solution et qu’on peut recommencer indéfiniment puisqu’on a plusieurs vies.

Et c’est aussi comme cette religion ultra-violente, le bouddhisme, qui fait croire que la mort est une solution et qu’on peut recommencer indéfiniment puisqu’on a plusieurs vies.

Bill Murray, Andy McDowell et les bouddhistes : salauds, vous avez créé des générations de monstres assoiffés de sang.

On a beau colorer le sang en vert […]

Vieux dossier, le sang vert : Mortal Kombat II, 1994. Ca nous rajeunit pas, hein mémé ?

Mohamed Merah aussi y consacrait un temps considérable.

Oui, il paraît aussi qu’il passait plusieurs heures par nuit à dormir, donc dormir = permis de tuer.

Un dénommé Vinogradov, en Russie, publie un manifeste sur Internet dans lequel il s’en prend à l’humanité tout entière et dit sa volonté de la détruire. Et puis il tue cinq de ses collègues de travail. Il jouait à Warcraft, dans lequel les héros sont uniquement des tueurs.

Je suppose qu’on parle de World of Warcraft le MMORPG et non de Warcraft le RTS, à moins que les Russes ne jouent encore à des jeux sortis en1994.

World of Warcraft, environ 10 millions de joueurs dans le monde. 1 joueur est un tueur, 9999999 joueurs n’en sont pas. Statistiquement j’ai du mal à voir si dans quel sens penche la balance. Heureusement qu’il y a de brillants écrivains-journalistes comme Claire Gallois pour nous aider à faire les comptes.

De l’avis unanime des psys et des éducateurs, la plupart des enfants qui abusent de leur console sont plus agressifs et renfermés que les autres.

En 2007 suite à un n-ième cas de “rampage killer”, une enquête a été réalisée par les pouvoirs publics américains et présentée au congrès. Elle a démontré qu’en dehors des facteurs psychologiques et psychiatriques, le seul élément qui peut servir de caractérisation est la lecture : les assassins de masse lisent généralement beaucoup plus que la moyenne (ils y consacrent environ deux fois plus de temps).
Donc cette maman transforme son bébé en machine à tuer.

On me signale dans mon oreillette que ce serait l’abus (en général) qui pose problème. Comme sa définition l’indique, en fait : Abus : Usage mauvais, excessif de quelque chose.”

C’est magique : la phrase marche avec n’importe quel mot à la place de “leur console”. La plupart des enfants qui abusent de leur raquette de tennis sont plus agressifs et renfermés que les autres. La plupart des enfants qui abusent de leur roman de Claire Gallois sont plus agressifs et renfermés que les autres. La plupart des enfants qui abusent de leur DVD de Petit Ours Brun sont plus agressifs et renfermés que les autres. La plupart des enfants qui abusent de leur jeu d’osselets sont plus agressifs et renfermés que les autres. Etc.

Epilogue

Bon, sur ce je vous laisse, ce week-end j’ai joué à Lego Seigneur des Anneaux sur Xbox, ça m’a donné une furieuse envie d’aller tuer des gens. Ca tombe bien, je suis justement en ce moment même au MacDo Montparnasse, il y a plein de monde. J’ai pas d’arme sur moi, mais je devrais pouvoir faire une dizaine de victimes en leur sautant sur la tête (merci Mario pour m’avoir enseigné cette technique d’assassinat) avant que les forces de l’ordre ne parvienne à me maîtriser.

Allez, on se revoit en prison, bande de psychopathes en puissance.

 

Merci à Pauline pour m’avoir transmis le lien de ce superbe article, merci à l’auteur Claire Gallois d’être sortie momentanément de son sarcophage pour nous faire une compilation de tous les meilleurs clichés et raccourcis entendus depuis le début des années 90, et surtout merci à Le Point pour la publication de ce brillant travail journalistique. Beau boulot les gars.

9 réponses

  1. Me demandais en combien de jours allait sortir un billet sur Geekdad, depuis que j’ai vu ça sur le mur facebook de Davy Mourier… ^^

  2. Carbunkl dit :

    Alors nous aussi faisons dans l’amalgame…née 1937, chômeuse, donc pas fichue de comprendre notre génération et besoin de pondre un article choc…

    Mais en même temps il ne faut pas trop s’étonner, ces derniers jours le Point est plutôt coutumier des unes à controverse («Cet Islam sans gêne» fin octobre 2012…). Le magazine tient à entretenir la peur chez ses lecteurs, d’où qu’elle vienne….

    En recherchant des réactions à ce sujet, je suis tombé sur le blog suivant : à noter que le commentaire qui s’ensuit donne aussi des indications sur ce qu’il s’est passé par la suite.

    Une chose que je trouve regrettable – pour revenir sur le débat et histoire que ce soit quelqu’un concerné par le sujet qui donne son avis 🙂 – ce sont les parents qui ne tiennent pas compte des classifications PEGI et offrent Call Of Duty ou GTA à leur gosse de 11-12 ans, parce que c’est dans l’air du temps… Le jeu vidéo est un support culturel qui doit être appréhendé de la même manière qu’un livre ou un film… certains ne sont pas à mettre dans toutes les mains.

    • Stéfan dit :

      Ah ben c’est toi qui l’écris, l’amalgame, moi j’ai juste donné les informations sur l’auteur que j’ai trouvées sur Wikipedia, en toute innocence bien sûr 🙂

      Plus sérieusement, je voulais surtout montrer que c’est finalement juste une mémé qui déverse des préjugés du siècle dernier, donc on peut pas trop lui en vouloir, c’est un peu comme la folle aux chats dans les Simpsons, elle est dans son trip mais elle se rend pas compte. Par contre le journal qui publie, lui, il est forcément conscient que c’est n’importe quoi ; c’est lui le vrai responsable.

      Tout à fait d’accord avec ta remarque sur le non respect du PEGI, à la réserve que parfois l’âge minimum indiqué n’est pas justifié (cf. 42 Jeux Indémodables PEGI 12 – http://www.geekdad.fr/2011/11/pegi-esrb-etc-panorama-des-systemes-de-classification-des-jeux-video-par-age/), ce qui nuit (un peu) à la crédibilité du système. Ceci dit en grande majorité le classement est pas trop mauvais, et en tout cas meilleur que le classement américain où les erreurs manifestes sont plus nombreuses (Lego Star Wars ou Kinect Disneyland, classés 10+ aux Etats-Unis).

      Je pense que pas mal de monde confond aussi le classement PEGI avec les âges indiqués sur les boîtes de jeux de société : un âge conseillé pour comprendre le jeu, qu’on peut donc interpréter assez largement (certains magazines ou catalogues font d’ailleurs cette erreur, en conseillant par exemple Little Big Planet à partir de 3 ans simplement parce qu’il est PEGI 3).

      Personnellement je me fie plutôt aux tests, images, voire démo quand il y en a. Mais ceci ne fonctionne évidemment que pour des parents qui s’intéressent aux jeux vidéo. Pour ceux qui achètent pour leurs enfants mais s’en foutent, à part le classement PEGI, y a pas vraiment d’autre solution…

  3. Carbunkl dit :

    Comme je le présageais, j’ai donc raté ma balise! Désolé! ^^

    Blog Nouvel Obs

  4. Alexandre dit :

    Le saviez-vous ? Kaunas est la deuxième plus grande ville de Lituanie.

  5. Émy dit :

    “née en 1937, qui était initialement écrivain, puis chômeuse à partir de 1997.”

    Retraitée plutôt, non ? Parce qu’il me semble bien qu’à 60 ans, c’est plus logique que “chômeuse”. (Ce qui pose une tout autre question que je vais préférer omettre là, tout de suite).

    • Stéfan dit :

      Non, du moins si on en croit Wikipedia. Elle a été licenciée par son éditeur ; à la suite de quoi elle a écrit un livre “L’honneur du chômeur”. Puis elle a joué aux jeux vidéo pendant 14 ans afin de connaître parfaitement le sujet, ce qui lui a permis d’écrire un article éclairé sur le sujet en 2012.

  6. Stéfan dit :

    http://www.eurogamer.fr/articles/2012-12-18-jack-thompson-les-jeux-videos-sont-responsables-de-la-fusillade-dans-le-connecticut

    Jack Thompson : « Les jeux vidéos sont responsables de la fusillade dans le Connecticut »

    Vendredi 14 décembre, l’Amérique était touchée par une nouvelle fusillade. Adam Lanza, 20 ans, entre dans une école élémentaire de Newtown, dans le Connecticut, ouvre le feu et fait 27 morts avant de se suicider.

    Évitant que le débat ne se porte sur la libre circulation des armes aux États-Unis, les activistes anti jeux vidéo américains ont profité de l’évènement pour faire valoir leur cause et rejeter une énième fois la faute sur les jeux vidéo.

    À leur tête, l’ancien avocat aujourd’hui radié, Jack Thompson, connu pour avoir plusieurs fois imputé des tueries comme Columbine ou l’affaire du Sniper de Washington à des jeux vidéo. (GTA, Halo, Counter-Strike).

    Ce dernier a envoyé un mail à la rédaction de Joystiq les accusant d’avoir provoqué un nouveau massacre dans le Connecticut, avec l’intitulé « Le sang est sur vos mains » révèle Xav de Matos, directeur de la publication de Joystiq sur Twitter .

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