Les cinq défis de Lego Dimensions

Défis de Lego Dimensions

L’année s’annonce riche en jeux vidéo augmentés par des jouets. En plus des habituels Skylanders et Disney Infinity annuels qui seront certainement dévoilés bientôt, et des vagues d’Amiibo désormais régulières, on aura droit à l’automne au reboot de la série Guitar Hero, avec ses fameuses guitares en plastique, et au lancement de Lego Dimensions, l’incursion de Lego dans le jeu vidéo à la Skylanders. Voyons un peu les défis que devra surmonter Lego Dimensions pour se faire une place parmi tout ce petit monde.

Arriver après les autres, sans l’effet de surprise

Seul le premier Skylanders a bénéficié de l’effet Waooh, lorsqu’un joueur pose pour la première fois sa figurine sur un socle et la voit apparaître dans le jeu sur l’écran. Maintenant, c’est banal.

Le premier Skylanders est sorti en 2011. Lego Dimensions arrive quatre ans plus tard. Dans de nombreuses familles, les consoles sont déjà équipées soit d’une armée de Skylanders, soit d’une troupe de figurines Disney – quand ce n’est pas les deux. L’effet de surprise, le côté “Hé mais c’est génial ce truc” qui avait accompagné le premier épisode de Skylanders n’est plus là. Il faut donc réussir à convaincre les joueurs (ou leurs parents) de repasser à la caisse pour un kit de démarrage de jeu vidéo à figurines (vendu plus cher que les kits Skylanders ou Disney Infinity), et de faire de la place dans les placards pour ranger un nouveau portail et de nouvelles figurines. Le tout, sans l’excitation des débuts du concept.

Scoop : le héros de la bande-annonce de lancement de Lego Dimensions n'est pas un enfant.

Scoop : le héros de la bande-annonce de lancement de Lego Dimensions n’est pas un enfant.

Pour ça, Lego va devoir conquérir un public plus large que le public enfantin majoritairement ciblé par ses prédécesseurs. Et visiblement, il l’a très bien compris, puisque le héros de la bande-annonce de lancement (que je remets ci-dessous, en version longue) n’est pas un enfant, mais un jeune adulte légèrement barbu, passionné de jeux vidéo et tendance collectionneur retro (cf. les deux bornes d’arcade vintage installées dans son salon).

Donner de la valeur aux personnages Lego

Plus de 100 personnages jouables dans Lego Star Wars – La Saga Complète, sans avoir besoin de payer le moindre supplément un fois le jeu acheté.

Les jeux vidéo Lego nous ont habitués à avoir accès à des dizaines et dizaines de personnages, qu’on débloque au fur et à mesure du jeu, en finissant les niveaux ou en les achetant avec les pièces collectées en jouant. Pour 50€, on achète le jeu Lego Seigneur des Anneaux, et on peut jouer avec absolument tous les personnages de la saga, de Gandalf à Sauron en passant par Tom Bombadil ou Orc Anonyme n°27. Idem pour Lego Marvel, Lego Star Wars, Lego Harry Potter… Le fait de jouer avec tel ou tel personnage n’a donc pratiquement aucune valeur monétaire : Lego et Traveller’s Tales ont conçu leurs jeux vidéo comme ça.

15€ pour un seul personnage.

15€ pour un seul personnage.

A partir de là, comment convaincre les joueurs de payer 15€ pour avoir le droit de jouer avec Gimli, 15€ de plus pour jouer avec Wonder Woman, et encore 15€ pour Méchant Flic ? Il va falloir que les fonctionnalités attachées aux figurines – et non simplement à leurs représentations dans le jeu – vaillent vraiment le coup, ou que les figurines ne débloquent pas qu’un personnage dans le jeu, mais aussi d’autres éléments jouables, des objets, des bonus, etc. Il faut que Lego Dimensions arrive à recréer un sentiment de rareté du personnage, là où tous les précédents jeux Lego ont créé le sentiment inverse.

Autre difficulté : puisque les personnages jouables sont vendus, le jeu de base ne contiendra vraisemblablement personne d’autre que Gandalf, Batman et Cool Tag. Là aussi, il va falloir que les joueurs y trouvent leur compte, après des années à jouer à des jeux où dès les premières heures on commençait à débloquer pas mal de monde pour jouer avec. Ce qui nous amène au point suivant.

Apporter du gameplay inédit

Lego Dimensions arrive après 10 ans de jeux vidéo Lego, et après 4 ans de jeux vidéo connectés à des figurines. Pour attirer les joueurs et les convaincre de sortir de Skylanders, et de ne pas se limiter aux jeux vidéo Lego classiques (pour mémoire, il y en a deux qui sortent cette année : Lego Jurassic World et Lego Avengers), il va falloir que Lego Dimensions propose autre chose, sur le plan vidéoludique. Sinon, pourquoi payer un jeu 100€ (plus les figurines supplémentaires), quand à côté on peut avoir les mêmes sensations de jeu pour 20€ (les jeux Lego des années précédentes), ou 40-50€ (les jeux sortis cette année). Le côté mélange des univers (Gandalf à Gotham City, Marty McFly dans le Royaume d’Oz, Gollum dans la Batmobile…) sera certainement un des points exploitées par Lego Dimensions, puisque c’est quelque chose que ne font pas les autres jeux vidéo Lego.

Avoir assez de stock

C’était sans doute moins le cas en 2013 ou 2014 (sauf sur quelques types de figurines, ou certaines versions du jeu), mais la première année, Skylanders a eu un succès supérieur aux quantités disponibles, faisant dangereusement augmenter le niveau de stress des parents du père Noël en novembre et décembre, la date fatidique approchant et le jeu attendu au pied du sapin n’étant toujours pas en stock.

Sold Out AmiiboAujourd’hui, c’est Nintendo qui fait les frais du phénomène, avec certains modèles d’Amiibo qui partent plus vite qu’ils ne sont mis en vente (sur les dernières vagues d’Amiibo, tout a été vendu sur Fnac.com ou Amazon en quelques dizaines de minutes après l’ouverture des précommandes). Certains disent que ça crée un sentiment de rareté qui augmente la demande, et donc que Nintendo en bénéficie. Personnellement j’ai du mal à voir comment Nintendo peut tirer un bénéfice de figurines qui ne sont pas vendues parce qu’elles n’existent pas…

Y en aura t-il pour tout le monde entre septembre et décembre 2015 ?

Lego Dimensions ratisse plus large que Skylanders, et touche un public à mon avis assez similaire à celui des Amiibo (sans la limitation aux consoles Nintendo) : un mélange d’enfants, d’adultes joueurs, d’adultes simplement collectionneurs, et des spéculateurs qui s’incrustent dans le paysage pour acheter et revendre. A moins que les premiers tests du jeu ne concluent que Lego Dimensions est archi nul, il est possible (je dirais même probable) que les kits de démarrage et les figurines se fassent rares entre septembre et décembre (vous pouvez sécuriser votre situation dès maintenant en précommandant…). Et un Père Noël qui ne trouve pas de kit Lego Dimensions à temps se rabattra sans doute sur un Disney Infinity 3 ou un Skylanders 5… Ou un pull avec un poussin dessiné dessus, comme la grand-mère de Kevin McAllister.

Se débrouiller sans Marvel et Star Wars (au début ?)

Star Wars, une absence remarquée…

Les grands absents du paysage Lego Dimensions sont les super-héros Marvel (il n’y a que des héros DC Comics) et Star Wars. Un petit Yoda ou Iron Man, aux côtés de Gandalf et Batman, ça aurait eu de la gueule. Mais l’explication à cette absence paraît évidente : Disney ne va pas lâcher des licences aussi énormes que Star Wars et Marvel au bénéfice d’un autre jeu vidéo à figurines, alors qu’il investit depuis 2013 dans le développement de Disney Infinity, que son dernier opus était basé sur Marvel, et que le prochain sera certainement basé sur Star Wars. Pirates des Caraïbes et Indiana Jones ne seront donc vraisemblablement pas dans Lego Dimensions, pour les mêmes raisons.

J’imagine par contre que si Disney Infinity finit par se faire distancer, en volumes de ventes, par Lego Dimensions (ce qui à ce stade me semble probable, sauf encore une fois si le jeu est très mauvais), alors Chewbacca et Hulk finiront certainement par rejoindre le casting du jeu Lego, permettant à Disney de grapiller quelques miettes.

Les Simpsons pourraient débarquer dans Lego Dimensions, de même que SOS Fantômes.

En attendant, il y a largement de quoi faire, et attirer des joueurs de tous âges et tous profils. En plus des univers déjà annoncés (Le Seigneur des Anneaux, Batman et les autres héros DC, le Magicien d’Oz, Retour vers le Futur, Lego Movie, Ninjago), la bande-annonce de lancement (version longue) contient des indices visuels laissant imaginer que les Simpsons et Ghostbusters seront de la partie (cf. le donut rose et le détecteur SOS Fantômes). Potentiellement, toutes les licences déjà couvertes par Lego sous forme de jouets, en dehors de celles possédées par Disney, pourraient être intégrées. Pourquoi pas Lego Minecraft ? Et Lego Tortues Ninjas ? Et Lego Jurassic Park ? Sans compter les licences maisons, comme Chima ou Elves.

3 réponses

  1. alexnidhogg dit :

    Très bon article qui résumé pas mal la situation…
    Pour l’explication de “rareté” = “avantage pour la firme”. C’est simple.
    La rareté ajoute un aspect collection à ces objets qui pousse les acheteurs à posséder les prochaines figurines dans le doute qu’elles soient disponibles… D’autant que rien n’empêche un fournisseur à en fabriquer d’autres ultérieurement… Pour Nintendo, ils sortent de nombreuses séries à la suite, du coup les gens achètent les Amiibos pour anticiper une éventuelle rareté.
    Par exemple, j’ai précommandé l’Amiibo de Yoshi en laine avec le pack de démarrage du jeu car je me doute bien que la figurine, je la revendrai et cela comblera l’achat de mon jeu (car je n’utiliserai pas la figurine).
    Oui je sais, c’est mal, mais le monde n’est que spéculation aujourd’hui 🙂

  2. Tatank dit :

    En fait pour être totalement précis sur le phénomène de rareté pour Noel c’est une technique de vente très répandue (cf. Cialdini et son très bon “Influence et manipulation”)
    En effet tout parent qui à promis à son fils d’acheter tel item que tout le monde veux sera obligé de par sa promesse + l’image de l’engagement envoyé à sa progéniture de s’exécuter une fois l’objet disponible….

    Alors que fait on ?

    Ben comme socialement on ne peut se soustraire au cadeau sous le sapin, ben on achète par dépits un autre item de la collection “en attendant que”… et pour le fournisseur c’est coup double…. voir avec un peu de chance, une pub gratuite et un sentiment d’importance de tel ou tel item qui nous marque pour le noel d’après…voir pour des années

    C’est parti des années 70 voir même c’est pour être certains que les ventes de jouet ne s’effondrent pas entre Janvier et février ;p

  3. Stéfan dit :

    A propos de cette stratégie de la pénurie, dont je suis moyennement convaincu de la réalité : un petit article intéressant qui clarifier les choses, dans le dernier numéro de The Game. Il y a une confusion entre stratégie de pénurie et stratégie de rareté.
    La stratégie de rareté peut être intéressante pour valoriser une marque, avec des éditions limitées d’objets, etc.
    La stratégie de pénurie est un mythe dans le jeu vidéo. Faire exprès de ne pas produire suffisamment d’article qui n’ont pas vocation à être des séries limitées, c’est se priver volontairement de revenus et amener les acheteurs à se tourner vers des produits concurrents (puisque le choix est large).

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